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Réveiller ce qui est mort dans le trop d’image de notre époque pornographique./Reawakening what is dead in the overabundance of images in our pornographic era.

« Dans la version Villeneuve, la Bête, invisible dans la journée, vient voir la Belle vers la fin du souper et finit sa visite en disant : « Voulez-vous que je couche avec vous ? » Cette question sans détour a très souvent attiré l’attention des chercheurs qui la regardent comme une menace sexuelle. Sans contester la justesse de cette remarque, ne pourrait-on pas avancer une autre interprétation possible ? En effet, lue dans le contexte de la version originale, cette expression crue est bien conforme au rôle que la Bête est censée jouer. Comme nous l’avons vu plus haut, pour que celle-ci soit désensorcelée, une belle fille doit l’aimer et lui proposer le mariage malgré tous ses défauts. La plus grande préoccupation pour la Bête est donc de connaître les sentiments de la Belle. Bien sûr, demander si l’on veut partager le même lit dès le début est une grossièreté impardonnable. Mais la Bête est obligée de se comporter comme une brute. Par conséquent, le prince métamorphosé s’acquittera de son rôle d’idiot bien mieux en disant cela plutôt que : « Voulez-vous être ma femme ? » comme dans la version Beaumont . Pour preuve, quand la Belle lui répond « non », ce « monstre docile » ne témoigne aucun ressentiment et se retire en disant : « Eh bien, puisque vous ne voulez pas, […] je m’en vais. « ° **

Une lecture de La Belle et la Bête selon la Carte de Tendre 

  • Mami Fujiwara

••Dans Dix-huitième siècle 2014/1 (n° 46), pages 539 à 559

Reawakening what is dead in the overabundance of images in our pornographic era.

« In the Villeneuve version, the Beast, invisible during the day, comes to see Beauty towards the end of supper and ends his visit by saying, ‘Do you want me to sleep with you?’ This straightforward question has often attracted the attention of scholars, who view it as a sexual threat. Without disputing the accuracy of this remark, could we not put forward another possible interpretation? Indeed, read in the context of the original version, this crude expression is indeed consistent with the role the Beast is supposed to play. As we saw above, for him to be disenchanted, a beautiful girl must love him and propose marriage despite all his flaws. The Beast’s greatest concern is therefore to know Beauty’s feelings. Of course, asking if you want to share the same bed from the start is unforgivable rudeness. But the Beast is forced to behave like a brute.

Therefore, the transformed prince will fulfill his role as an idiot much better by saying this rather than, « Will you be my wife? » as in the Beaumont version. As proof, when Beauty answers « no, » this « docile monster » shows no resentment and withdraws, saying, « Well, since you don’t want to, […] I’ll leave. » **

A Reading of Beauty and the Beast According to the Map of Tendre

Mami Fujiwara
••In Dix-huitième siècle 2014/1 (no. 46), pages 539 to 559